162                         Les Spectacles de la Foire.
actuelle met obftacle à mes délire. Fai cependant une lueur d'efpérance et, en attendant mieux, je vous envoie un placet que j'ai pris la liberté de préfenter aux dames chez qui le vrai mérite trouve toujours un appui. Adieu, ma chère Mademoifellc Criquet, continuez vos utiles et favantes lectures, vous êtes faite pour aller loin ; c'eft ce que vous préfage celui qui a l'honneur d'être, avec toute la circonfpection poffible, Mademoifclle, votre très-humble et très-obéiffant ferviteur,
NICOLET, PANTOMIME INDIGNE.
P. S. Dans Traitant où je vous écris, Mademoifelle, je reçois une per­miffion de parler, mais hélas ! quelle permiffion I Celle de jouer quelques petites fcênes détachées, fans nœud, fans intrigué, fans dénouement : ce feroit proftitucr vos talens que de vous offrir des rôles dans de pareilles mifères : vous êtes faite pour les grandes chofes ct fi J'étois affez heureux pour quc mon Placet aux dames pût m'obtenir une permiffion plus étendue, je vous détacherois auffitôt un courrier.
Placet aux Dames.
Vous, l'aimant des mortels ; vous, de qui les regards
Font naître dans Paris les talens ct les arts;
Vous, le centre du goût ; vous, de qui le fuffrage,
A l'auteur le plus foible infpire du courage ;
Vous, qui, dans tous les tems, la nuit comme le jour,,
Promenez fur vos gas les plaifirs et l'amour;
Vous, par qui tout s'amufe et fans qui tout s'ennuie,
Aftre de notre cœur, fourcé de notre vie,
Beau fexe, permettez quc le (ieur Nicolet
Vous préfente aujourd'hui fon très-humble placet.
Mes honneurs font détruits, ma grandeur éclipfée,
On me ferme la bouche et ma langue ett glacée.
O vous qui concevez jufqu'à quel point, hélas !
11 eft cruel dc vivre et de ne parler pas,
Mefdames, plaignez-moi. Dans les jours de ma gloire,
Je n'avois que pour vous enrichi ma mémoire
Des bons mots de Corneille et des fublimes riens
Que Meffieurs des François et des Italiens
Préfentent tous les jours à vos chattes oreilles ;
Des ennemis jaloux m'enlèvent ces merveilles.
Que devenir? Que dis-je I Ah I par mes jeux nouveaux
Je vais faire, fur pied, fécher tous mes rivaux.
Vous ne me verre? plus, ô beautés radieufes,
Envelopper, cacher fous des gazes heureufes
Ces traits fins et piquans, ces couplets délicats
Dont vous pouviez fourire et ne rougiffiez pas;